Montréal

Les chiffres ne mentent pas : le français n’est plus tout seul dans les foyers de la province… Désormais, les conversations familiales passent régulièrement du français à l’arabe, à l’espagnol, à l’italien ou à toute autre langue étrangère.

Particulièrement à Montréal, de plus en plus de familles disent parler le français à la maison en plus de leur langue maternelle, autre que le français ou l’anglais. Selon Statistique Canada, la proportion de la population de Montréal dans cette situation était de 5,2 % en 2001, puis de 6,7 % en 2006. En 2011, c’était 8,7 %.

« De plus en plus, on se rend compte que le français est présent, mais il n’est pas présent tout seul… », déclare Jean-Pierre Corbeil, responsable du programme de la statistique linguistique à Statistique Canada.

En valeur absolue, cette augmentation depuis 2006 se chiffre à 90 000 personnes, l’équivalent de la population de Saint-Jean-sur-Richelieu.

Montréal, société distincte

À Montréal, les deux groupes linguistiques allophones les plus importants sont arabe et espagnol. Les locuteurs de ces deux langues représentent presque le tiers des immigrants qui disent parler leur langue maternelle le plus souvent à la maison.

« On se distingue nettement des autres grandes régions métropolitaines au Canada, ajoute M. Corbeil. À Toronto, à Vancouver, les principaux groupes linguistiques immigrants proviennent principalement d’Asie, ce qui n’est pas le cas à Montréal. »

Ce n’est pas une coïncidence si le français est souvent présent dans ces foyers allophones, car la politique d’immigration du Québec – qui reçoit 50 000 nouveaux arrivants par année – favorise l’accueil de personnes de communautés qui ont un lien avec le français.

Pour sa part, la politique linguistique du Québec permet aux enfants des nouveaux arrivants d’apprendre le français à l’école et donc de pouvoir introduire des notions de français à la maison. Mais comme cette politique linguistique concerne uniquement l’espace public, les langues allophones survivent en parallèle, à la maison.

« Ce n’est pas une politique linguistique intrusive, dans le sens où on n’entre pas dans le foyer des gens, explique Geneviève Lemieux-Lefebvre, du département de linguistique de l’Université du Québec à Montréal. Donc la décision de changer ou de maintenir une langue maternelle à la maison revient aux familles. »

À Montréal, les langues maternelles survivent plus longtemps qu’ailleurs dans les foyers des immigrants.

« En Amérique du Nord en général, la perte de la langue maternelle [des immigrants] se fait assez rapidement dans les foyers, alors qu’à Montréal, ça se fait plus lentement, explique Mme Lemieux-Lefebvre. Ce que les données montrent, c’est que cette langue reste parfois jusqu’à la troisième génération, alors que généralement, à la deuxième génération, elle est déjà beaucoup moins présente dans les habitudes linguistiques. »

Si les politiques actuelles restent en place et que l’immigration demeure stable, cette coexistence des langues pourrait perdurer, sans pour autant se faire au détriment du français, selon Geneviève Lemieux-Lefebvre.

« D’un point de vue strictement linguistique, c’est une bonne chose de voir qu’il y a un intérêt à la fois pour la langue française et pour sa langue maternelle. La présence de plus d’une langue dans le noyau familial est un avantage. »

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